Christian Marclay
9 Septembre – 10 Octobre 2026
Date
9 Septembre – 10 Octobre 2026
Christian Marclay travaille depuis longtemps à partir de matériaux trouvés, réinterprétant et transformant des supports sonores et visuels dans la tradition du ready-made. Son exposition à White Cube Paris poursuit cette exploration, réunissant de nouveaux monotypes et collages qui revisitent le disque vinyle – un objet qui nourrit sa pratique artistique depuis plus de quarante ans. Explorant le format carré de la pochette de disque, Christian Marclay s'approprie son enveloppe en papier ou en carton qui contient et protège le vinyle, à la fois comme matériau et comme image, s'intéressant à ses surfaces, ses ouvertures et les traces de son usage.
Dès les années 1970, Christian Marclay découvre « le rapport humoristique du mouvement Fluxus à la musique, sa façon de se moquer des rituels de la musique classique ». 1 Attiré par Fluxus, le punk rock et la performance, l’artiste est inspiré pour fonder son propre groupe, « The Bachelors, Even », qui fait un usage peu conventionnel des disques vinyles. Concevant l’événement sonore dans son acception la plus large, Christian Marclay nourrit depuis longtemps une fascination pour la relation entre image et son. En 1988, l'artiste photographie le 45 tours d'une chanson populaire de Simon et Garfunkel, donnant à l’image le titre The Sound of Silence. La même année, Christian Marclay crée également Secret, un disque « mère » en métal, scellé en son centre par un cadenas robuste, un paradoxe visuel qui fait notamment écho à l'énigmatique sculpture de Marcel Duchamp de 1916, With Hidden Noise (À bruit secret). À la fin des années 1980 et dans les années 1990, Christian Marclay réalise les « Imaginary Records » – des collages composés de pochettes de disques modifiées, cherchant à évoquer une musique imaginaire.
Les nouvelles œuvres de Christian Marclay sont de nature « quasi photographique ». 2 Pour réaliser les monotypes, l’artiste applique directement de l’encre sur les jaquettes en carton et les pochettes en papier des disques, avant de les passer sous une presse afin d’en obtenir une impression unique. Cette technique d’impression transfère sur la surface du papier les traces d’encre de l’emballage du disque, sous la forme d’une « image fantôme ». Les variations propres aux motifs des pochettes originales se trouvent ainsi transposées dans l’impression obtenue, des détails tels que le pouvoir d’absorption du papier ou les zones recouvertes d’un fini brillant influencent les « informations » qui s’enregistrent au moment du transfert. Comme le remarque Christian Marclay, les signes d’usure de l’objet sont eux aussi transmis. Plis, froissements et marques deviennent à leur tour porteurs de sens. Son attention portée à ce lexique ténu d'usage et de traces affectueuses reflète la capacité du disque à immortaliser ce qui pourrait autrement se perdre avec le temps, tout en constituant un symbole de l’impermanence de la mémoire et de la certitude de la dégradation matérielle.
Les titres simples et descriptifs de la série « Sleeves and Covers » servent à situer les œuvres au sein d’un ensemble ou d’un catalogue plus vaste, faisant écho aux opus numérotés qui indexent les œuvres de musique classique. Bien que d’abord fonctionnels, ces titres retracent également les essais et les erreurs de l’artiste, bouleversant la logique de la séquence là où certaines versions ont été développées ou abandonnées. L’utilisation par l’artiste de disques 7, 10 et 12 pouces témoigne quant à elle de la durée d'écoute et de l'évolution des goûts. Dans Sleeves and Covers (Nine 10” / No 45), par exemple, neuf pochettes de disques 10 pouces sont disposées en grille ; leurs graphismes épurés évoquent une époque où commercialiser un disque à travers la ressemblance ou l’image du musicien n’était pas encore une stratégie répandue. Le fait que les monotypes de Christian Marclay utilisent trois formats de vinyle différents évoque des cultures visuelles et sonores de décennies révolues, ainsi que le déclin ou l'obsolescence de certaines technologies. Toutefois, comme le souligne l’artiste, l’enthousiasme renouvelé pour les vinyles aujourd’hui suggère que le plaisir éthéré de la musique demeure attaché à une forme matérielle.
Les « opérations de hasard » sont aussi essentielles à la série « Oculi » qu’aux monotypes, mais elles révèlent des parallèles et des divergences frappants lorsqu’elles sont présentées côte à côte. Contrairement aux empreintes, les œuvres de la série « Oculi » sont des ready-mades assistés qui prennent les disques trouvés eux-mêmes comme point de départ. Utilisant les ouvertures circulaires des pochettes 12 pouces – initialement conçues pour laisser apparaître le label du disque – comme dispositif de cadrage, l’artiste superpose les pochettes aux jaquettes des disques, isolant certains détails de l’image sous-jacente. La pochette passe ainsi d’un emballage protecteur à un outil de composition, voire à un viseur, mettant en scène des fragments de mains, d’yeux et de bouches par un jeu de sélection et de dissimulation. S'attardant sur la simplicité de cette intervention – son absence de « montage » – Christian Marclay souligne également l'imperfection de la superposition : le débordement de la jaquette, légèrement plus grande, crée une bordure autour de la pochette.
Les regroupements typologiques de la série « Oculi » utilisent la répétition pour révéler l’universalité et accentuer les différences. Dans Oculi (Listening Men), six pochettes et jaquettes de disques sont disposées en une seule ligne ; leurs ouvertures entourent les yeux fermés de six hommes, absorbés par une musique que le spectateur ne peut entendre. Leurs yeux clos signalent leur immersion dans le son, qui implique une séparation volontaire des sens – une forme d’écoute concentrée qui apparaît à la fois comme une absence mystérieuse et une forme de performativité consciente. « Une représentation silencieuse du son, comme en peinture ou en sculpture, m’intrigue parce que son mutisme souligne la nature intangible du son », note l’artiste. « L’image devient alors la représentation d’une absence. » 3 Ailleurs, les disques de Oculi (Sunsets) sont également disposés en ligne horizontale, mais évoquent cette fois une séquence cinématographique ou une gamme de tonalités, les fenêtres de leurs pochettes aux couleurs assorties encadrant le dégradé spectral de sept soleils se couchant progressivement. À travers le motif du coucher de soleil, Christian Marclay fait explicitement référence au passage du temps, tout en évoquant chez celui qui regarde une bande-son intime, présumée sentimentale.
La pratique de Christian Marclay aborde l’événement sonore sous toutes ses formes et, considérant le « studio d’enregistrement comme un instrument » 4 à part entière, l’artiste traite le disque vinyle et son imagerie, par extension, comme une œuvre d’art totale. En mettant au premier plan l’histoire tactile des objets, ses nouveaux monotypes et collages associent « opérations aléatoires » et règles formelles et compositionnelles pour envisager le disque comme un artefact culturel et commercial. Réflexion sur le passage du temps et sur le son comme vecteur de mémoire, ces œuvres témoignent de nos efforts persistants pour saisir l’ineffable en l’enregistrant.
Christian Marclay est né en Californie en 1955, a grandi en Suisse et vit et travaille à Londres. Il a exposé dans de nombreux musées et galeries, notamment lors d’expositions personnelles au Brooklyn Museum, New York (2025) ; au Centre Pompidou, Paris (2022) ; au Musée d’art moderne et contemporain de Genève (2020) ; au Los Angeles County Museum of Art, Californie (2019) ; au Museu d’Art Contemporani de Barcelona, Espagne (2019) ; au Sapporo Art Museum, Japon (2017) ; aux Rencontres Internationales de la Photographie, Arles, France (2016) ; à l’Aargauer Kunsthaus, Aarau, Suisse (2015) ; à la Staatsgalerie, Stuttgart, Allemagne (2015) ; au Palais de Tokyo, Paris (2012) ; au Whitney Museum of American Art, New York (2010) ; et au Leeum, Samsung Museum of Art, Séoul (2010) ; MoMA PS1, New York (2009) ; Cité de la Musique, Paris (2007) ; Australian Centre for the Moving Image, Melbourne (2007) ; Moderna Museet, Stockholm (2006) ; Barbican Art Gallery, Londres (2005) ; et Tate Modern, Londres (2004). En 2011, Christian Marclay reçoit le Lion d'or de la 54e Biennale de Venise pour « The Clock ». Christian Marclay poursuit également ses collaborations avec des musiciens, notamment Steve Beresford, Okkyung Lee, Shelley Hirsch et Otomo Yoshihide, avec lesquels il s'est produit récemment.
1 Entretien entre Christian Marclay et Jeffrey Fraenkel, 2026, Galerie Fraenkel, en ligne
2 Conversations inédites, août 2026
3 Christian Marclay, « Le son en images », dans Peter Szendy (éd.), L'Écoute, L'Harmattan et IRCAM – Centre Pompidou, 2000
4 Conversations inédites, août 2026
Sélection d'œuvres
Christian Marclay
Oculi (Vanitas), 2026
Christian Marclay
Oculi (Smiles), 2026
Christian Marclay
Oculi (Sunset), 2026
Christian Marclay
Oculi (Two Eyes Checkerboard), 2026
Christian Marclay
Sleeves and Covers (Nine 12”/No 54), 2025
Christian Marclay
Sleeves and Covers (Sixteen 7”/No 19), 2025
Christian Marclay
Oculi (Quartet), 2026
Christian Marclay
Oculi (One Year), 2026
Christian Marclay playing his Phonoguitar, 1983
Photo by Steven Gross
Christian Marclay
Visit Artist PageCreate an Account
To view available artworks and access prices.