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Tracey Emin

I will miss you Yesterday
I will miss you Today
I will miss you Tomorrow
And that’s how it will Always be

20 Octobre – 18 Décembre 2026

Adresse

White Cube Paris

10 avenue Matignon
75008 Paris

Répondant au caractère domestique de la galerie White Cube à Paris, les peintures et sculptures de petit format réunies dans l’exposition de Tracey Emin se déploient en une succession de vignettes intimes qui, ensemble, dessinent un territoire émotionnel de l’amour, traversant des moments de communion et d’éloignement. Invariablement autobiographiques et exécutées de manière libre et animée caractérisant le style de l’artiste, les œuvres nous ramènent dans l’intimité de la chambre à coucher, où le nu apparaît dans des états de vulnérabilité physique et de trouble psychique. Parfois enveloppée dans les bras d’un amant, la figure féminine est plus souvent représentée seule, à la dérive dans des champs de bleu et de noir nocturnes.

Thème récurrent dans l’œuvre de Tracey Emin, le nu allongé est repris dans plusieurs peintures, adoptant des formes et des registres émotionnels variés : tour à tour énigmatique, accablé, séduisant et vulnérable ; écrasé par le regard d’autrui ou protégé par celui-ci. Dans l’œuvre éponyme de l’exposition, la figure allongée semble presque engloutie par une mer de bleu, sous le refrain incantatoire qui donne son titre à l’œuvre comme à l’exposition : I will miss you Yesterday – I will miss you Today – I will miss you Tomorrow – And that’s how it will Always be (2025). Des coups de pinceau denses et agités effacent le visage et le bassin du modèle, occultant les parties du corps par lesquelles l’identité et la sexualité seraient autrement lisibles. Là où cette figure esseulée et désexualisée semble céder à la submersion, le sujet de Beauty (2022) s’impose avec assurance : tête relevée, jambes écartées, son corps se dessine avec netteté, porté par une douce étendue de rose tendre.

Ce motif récurrent chez Tracey Emin convoque inévitablement une longue tradition picturale, que l’artiste tantôt invoque, tantôt bouscule. La protagoniste de l’œuvre éponyme, par exemple, invite à la comparaison avec Ophelia (1851–52), une œuvre de John Everett Millais, dont le corps allongé s’abandonne lui aussi aux eaux environnantes, extériorisant un état de dissolution psychique. Beauty (2022), en revanche, renvoie plus directement au nu féminin allongé canonique, rappelant la séduisante Vénus d’Urbino (1534) du Titien, avec sa posture à la fois langoureuse et composée et sa peau luminescente : elle-même source de lumière au sein d’un intérieur assombri. Dans YES MORE (2025), Tracey Emin déstabilise plus explicitement cette grammaire picturale. L’écartement des jambes en forme de X rompt radicalement avec la présentation frontale et convenue traditionnellement associée à ce genre, tandis que la perspective en plongée abrupte adopte le point de vue de l’artiste elle-même, fusionnant ainsi l’artiste et le sujet représenté. La muse conventionnelle — l’autre désiré — est quant à elle reléguée hors du cadre, évoquée uniquement par l’impératif direct du titre.

Bien qu’indéniablement autobiographiques, les autoportraits de Tracey Emin résistent au naturalisme et à la ressemblance descriptive généralement associés à la tradition figurative. Exécutées dans son geste pictural spontané et caractéristique, ses figures conservent une indétermination formelle qui traduit plutôt les fluctuations de l’expérience intérieure. L’amant auquel s’adresse YES MORE (2025) réapparaît dans plusieurs œuvres, rendant visite à l’artiste sous des formes changeantes. Dans l’intérieur sommairement esquissé de YOU EAT ME (2025), il se penche sur elle telle une créature énigmatique aux multiples membres, l’immobilisant sur le lit dans un acte de domination érotique, au milieu de murs aux teintes rosées et d’une moquette à motifs. Une autre rencontre se dessine dans Continuous LOVE (2025), scène où une présence tout aussi insaisissable surgit à son chevet durant la nuit pour la serrer dans ses bras et la consoler. Le diptyque This is How it is (2025) montre l’artiste seule, dans deux états distincts : le visage de gauche est assombri par un rouge fiévreux, tandis que celui de droite se pare de gris froids. Placés l’un à côté de l’autre, ces autoportraits retracent les vicissitudes de l’amour tout en constituant une réflexion sur le vieillissement, où la ferveur de la jeunesse s’est trouvée tempérée par la perspective lucide qu’impose le temps.

Tout comme la figure traduit la mutabilité essentielle de la psyché de l’artiste, les intérieurs représentés par Tracey Emin ne constituent que rarement de simples décors neutres. La chambre, et plus particulièrement le lit – un autre motif auquel elle revient sans cesse – est chargé d’évocations liées à la maladie et à la convalescence, à l’intimité, à la solitude et à la souffrance. Avant tout, il constitue pour l’artiste un lieu privilégié où la vulnérabilité psychique se donne le plus aisément à voir. Tout comme son amant revêt des formes changeantes au fil des œuvres, le lit connaît ses propres métamorphoses, tour à tour transfiguré en réceptacle, en tombe peu profonde ou en horizon. Dans Waiting For A moment of You (2025), le lit laisse place à une baignoire, dont les deux robinets se dressent telles des croix au-dessus de la figure de l’artiste. Sous eux, sa silhouette livide émerge du noir environnant, contre-image sépulcrale de l’intimité autrefois partagée dans le bain avec son amant.

Parmi une série de bronzes de petit format exposés, l’une des œuvres reprend cette même posture de repos : une silhouette explorant son corps, flanquée de deux chats aux dimensions disproportionnées – compagnons et muses indéfectibles de l’artiste, qui réapparaissent à ses côtés dans We Love Each other (2025). Si les sculptures en bronze de grande envergure de Tracey Emin ont par le passé dominé des salles entières et des espaces publics – notamment l’œuvre monumentale de neuf mètres The Mother (2022), qui contemple la mer depuis la jetée d’Inger Munch à Oslo –, ces petites figurines reposent sur des grilles de ventilation en bronze patiné, dont les motifs géométriques rappellent les tapis turcs présents dans nombre de ses peintures. À travers les scènes de désir, d’absence et d’intimité tourmentée qui jalonnent l’exposition, ces petits talismans offrent peut-être l’image la plus durable de la compagnie. D’une échelle modeste, conservant encore la trace vive des doigts de l’artiste dans l’argile, ils incarnent une tendre dévotion, partagée avec simplicité et sans réserve.

Dame Tracey Emin est née en 1963 à Londres. Elle vit et travaille actuellement entre Londres, le sud de la France et Margate, au Royaume-Uni. En 2007, Tracey Emin a représenté la Grande-Bretagne à la 52e Biennale de Venise, et son installation My Bed (1998) a été présentée dans le cadre des expositions « In Focus » à la Tate Britain aux côtés de Francis Bacon (2015), à la Tate Liverpool avec William Blake (2016), et au Turner Contemporary de Margate, aux côtés de J. M. W. Turner (2017). En 2011, Tracey Emin a été nommée professeure de dessin à la Royal Academy of Arts de Londres et, en 2012, elle a été faite Commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique (CBE) pour sa contribution aux arts visuels. En 2024, elle a été élevée au rang de Dame dans le cadre des distinctions honorifiques attribuées à l’occasion de l’anniversaire du Roi, en reconnaissance de ses services rendus à l’art.

Tracey Emin a exposé dans de nombreuses institutions, notamment dans le cadre d’importantes expositions personnelles à la Tate Modern, Londres (2026) ; au Yale Center for British Art, New Haven, Connecticut (2025) ; au Palazzo Strozzi, Florence, Italie (2025) ; au Munchmuseet, Oslo (2021) ; à la Royal Academy of Arts, Londres (2020) ; au Musée d’Orsay, Paris (2019) ; au Château La Coste, Aix-en-Provence, France (2017) ; au Leopold Museum, Vienne (2015) ; au Museum of Contemporary Art, Miami, Floride (2013) ; au Museo de Arte Latinoamericano de Buenos Aires (2012) ; au Turner Contemporary, Margate, Royaume-Uni (2012) ; à la Hayward Gallery, Londres (2011) ; au Kunstmuseum Bern, Suisse (2009) ; à la Scottish National Gallery of Modern Art, Édimbourg (2008) ; au Centro de Arte Contemporáneo, Málaga, Espagne (2008) ; à l’Art Gallery of New South Wales, Sydney (2003) ; et au Stedelijk Museum, Amsterdam (2002).

Vues d'exposition

Sélection d'œuvres

Tracey Emin

We Love Each other, 2025

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I Kept Loving You, 2025

Tracey Emin

They Love Me, 2026

Tracey Emin

Beauty, 2022

Tracey Emin

I will miss you Yesterday - I will miss you Today - I will miss you Tomorrow - And that's how it…, 2025

Tracey Emin

The Hole, 2025

Tracey Emin

YES MORE, 2025

Tracey Emin

It Never Stopped, 2025


Commande publique

Tracey Emin at Parvis des Droits de l’Homme

14 octobre – 1 novembre 2026

Ailleurs à Paris, White Cube présente une exposition personnelle de Tracey Emin, ainsi que trois sculptures monumentales en bronze présentées sur le Parvis des Droits de l’Homme.

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